mardi 5 janvier 2010

La compassion d’un initié carnivore


En 1998, au centre tibétain de Lérab Ling, fief du maître tantrique Sogyal, je déjeunais à côté d’un jeune occidental, un initié du vajrayana secret et de surcroît un Dzogchenpa confirmé.

Le jeune méditant avalait goulûment un énorme roast-beef. Etonné par une telle voracité, je demandai à l’initié carnivore de m’éclairer sur le régime alimentaire des grands méditants. Il me rétorqua avec une expression de mépris, il avait vu le contenu de mon assiette qui trahissait le végétarisme des profanes :
« Notre maître, le vénérable Namkhaï Norbu Rimpoché, nous incite à manger de la viande par compassion pour les animaux. En effet, en mangeant la chair des êtres inférieurs nous les aidons à progresser. Leurs énergies subtiles se bonifient durant la digestion de leur chair. »

Le raisonnement de l’initié me laissa sans voix. Avait-il conscience qu’une telle théorie autorise la pratique du cannibalisme rituel ? En prétextant la compassion on peut satisfaire toutes sortes d’obscures pulsions. Au nom de l’amour de Dieu, des religieux pervers ont fait dénuder, torturer et brûler d’innocentes femmes accusées de sorcellerie.

Quelques mois plus tard, j’apprenais que le lama Namkhaï Norbu, grand carnivore devant Padmasambhava, le prophète du Vajrayana, souffrait d’une grave maladie. Il échappa à la mort grâce à la science moderne et à de nombreuses transfusions sanguines. Le sang des profanes sauva le grand maître tibétain.

Des initiés, convaincus que le carnivorisme est un acte de compassion, seront peut-être plus sensible à la qualité des chairs qu’ils ingurgitent.





Photo : Namkhaï Norbu

samedi 31 octobre 2009

La culpabilité sanguinaire de la chrétienneté

Sir WILLIAM EARNSHAM COOPER
Traduit de l’Anglais par J. Charpentier
Livre rare - Edition 1930

Préface :

Pouvons-nous tuer pour nous nourrir ?

Dans tous les champs ouverts aux polémiques il n’est pas de question plus communément discutée que celle de la Nourriture de l’Homme, et aussi de si peu comprise. Dans les temps anciens, autant que de nos jours, le sujet « l’Homme, et sa Nourriture » a été des plus riches en controverses.

Aussi bien dans l’ancienne terre de Cham, et plus à l’Est encore, en Syrie, en Perse, aux Indes, en Chine que dans les Iles Japonaises, la nourriture de l’homme occupa le temps et l’attention de plus d’un écrivain, tandis que Moïse, et les héritiers descendants d’Israël, reconnurent l’importance de la question 1500 ans avant J.-C. Dans le dernier cas le Code des Lois élaborées sur la question de la nourriture des gens, Lois qu’ils promulguèrent dans les livres du Pantareuque, prouvent l’importance que le Grand Législateur des Israélites accordait à la question.

Plus tard, Grecs et Romains, sous l’influence de leurs poètes et de leurs philosophes : Hésiode, Pythagore, Socrate, Plutarque, Ovide, Apollonius, Sénèque et autres donnèrent une prédominance considérable au sujet, et, en fait, marquaient leur opposition par leur abstinence personnelle et par leurs dénigrements publics, de la coutume de se nourrir de chair animale. Ils combattaient le fait que d’abattre sans nécessité d’autres êtres, pour quelque raison que ce fût, n’était rien moins que cruel et injuste et indéfendable à tous points de vue; cependant que de manger le corps des victimes assassinées était outrageant pour le moindre sens moral, rendant impur et sale de sang la matérialité du corps, et profanant tout ce que la nature humaine peut avoir de divin. Ces philosophes anciens et ces savants de l’antiquité étaient si puissamment influencés par l’importance du sujet, que les uns et les autres recommandaient de toutes leurs forces dans leurs écrits, et pratiquèrent pendant leur vie, l’abstinence de toute chair animale de quelque sorte, comme l’essentiel des principes fondamentaux de moralité considérant les obligations de l’Homme vis-à-vis de la Grande Famille Universelle. Ces éducateurs des temps anciens sont traités de « Païens » par les Chrétiens. Il n’en est pas moins concevable qu’ils eurent au moins une conception plus juste des Devoirs de l’Homme et de ses obligations envers lui-même, ainsi qu’à l’égard de la famille des êtres inférieurs, que n’en eut jamais la vaste majorité des peuplades chrétiennes jusqu’à nos jours.

Vivre, comme tant d’entre eux le firent plusieurs siècles avant J.-C. ferait croire que ces penseurs d’une époque passée étaient imbus à l’excès de la droiture morale qui les rendait capables de discerner la Vérité vivante ou pour le moins le respect de celle-ci. Et s’ils contribuèrent à la formation d’une conception plus large et plus généreuse de la place de l’Homme dans la Gravitation Universelle, en lui assignant sa véritable place au milieu de l’immense scène de mosaïque de la Vie il n’y a plus lieu de s’en étonner.

Quoi qu’il en soit, ils étaient grandement pénétrés de l’idée que le fait de tuer pour un Homme et de manger un être, quel qu’il soit, de la famille des inférieurs était répréhensible à quelque point de vue que la question pût être examinée : Physiquement - parce que hygiéniquement dangereuse à la santé du corps ; économiquement - parce que poussant à la génération d’appétits et de passions, entraînant la corrosion et la destruction des fibres physiques et morales de l’individu ; moralement - parce que hors de toute droiture ; spirituellement - parce que profanant ce qu’il y a de divin chez l’Homme et retardant son développement parallèlement aux sphères les plus élevées des êtres.

Hésiode, qui apparut environ neuf cents ans avant le Christ, fut un des premiers de la grande lignée des Penseurs Grecs qui, se rendant compte de l’énorme importance d’un régime salutaire qui fût exempt de cette chair animale corruptive, n’eut de cesse dans ses efforts pour l’établissement d’un système d’alimentation rationnel au sein de ses compatriotes.

Que dis-je, si certain était-il de l’effet inspirateur, émulateur et vitalisateur d’une abstinence si simple et si naturelle, que de fait il alla jusqu’à dépeindre dans ses poèmes des jours alcyoniens pour ceux qui adopteraient et adhéreraient à une diète ne comportant que les généreux et vivifiants fruits de la terre. Alors il était loin de la vérité ou inexact dans ses conclusions puisque sur le fameux plateau d’Arcadie, au milieu du Péloponèse, vécurent pendant bien des siècles ces Arcadiens que célébrèrent les Grecs pour leur simplicité de caractère et la hardiesse de leur structure. Race industrieuse et rustique, ils n’en étaient pas moins considérés comme guerriers courageux et adroits et musiciens de talent et étaient représentés par les poètes grecs comme menant une existence idéale. Beaux par le corps ; corrects dans leurs attitudes morales; intrépides et courageux au combat; nobles et tendres dans la paix de leur vie rustique, les Arcadiens défendaient avec une grande sincérité leur régime alimentaire.

Les Arcadiens étaient de purs végétariens.
Jamais ils ne mettaient cruellement à mort les animaux pas plus qu’ils n’infectaient leur corps de la chaire saignante de leurs amis inférieurs.

Environ quatre cents ans après Hésiode apparut Pythagore et l’on ne vit jamais philosophe plus sage sur terre ; parlant de lui, le Dictionnaire classique Lemprières le définit comme suit « Comme ses contemporains, il acquit de bonne heure la poésie et la musique ; il s’adonna à l’étude de l’éloquence et de l’astronomie ; et dans les exercices physiques il emporta souvent la palme pour sa force et sa dextérité. Il se révéla pour la première fois en Grèce aux Jeux Olympiques, où il obtint à 18 ans le prix de lutte.

« Pythagore était admiré pour son aspect vénérable, sa voix harmonieuse, son éloquence persuasive, et la réputation qu’il acquit par de grands voyages et par les lauriers qu’il obtint aux jeux Olympiques était des plus saines en grandeur et en importance... Il ne vivait que d’une nourriture des plus pures et des plus innocentes... et apparaissait bien supérieur au reste de l’humanité. Il défendit à ses disciples de manger de la viande... Ils rafraîchissaient leurs corps d’une alimentation légère et frugale. Son système de l’univers, au centre duquel il plaçait le soleil, et autour toutes les planètes se mouvant en des orbites elliptiques, était jugé chimérique et invraisemblable, cependant les recherches approfondies et les traités philosophiques du XVIe siècle en démontrent la justesse et l’incontestabilité.

L’école fondée par cet ancien et éminent philosophe est reconnue de nos jours comme étant édifiée sur le plus pur système de l’éthique et des sphères les plus élevées de la pensée, et ses disciples - les Pythagoriciens, furent si respectés et si admirés qu’ils occupèrent beaucoup de situations des plus élevées de la législature et des administrations de leur pays. Dans son système de la théologie les croyances religieuses de Pythagore étaient pratiquement celle des temps modernes. Il soutenait que l’Univers avait été créé d’un chaos sans forme de la matière par quelque Vitre tout puissant qui était Lui-même, l’animateur et l’âme supérieure, et de la substance immortelle de laquelle l’âme des hommes n’était qu’Atome. Il était un croyant de la doctrine de réincarnation, et un bienveillant adepte de la métempsychose. Ayant vécu cinq cents ans avant le Christ il ne connut rien du Maître, mais eut-il vécu au temps de Jésus il y a tout lieu de supposer qu’en raison de sa haute valeur de moralité, la pureté de sa vie, son dégoût de l’injustice et son amour de l’indépendance, son horreur de la cruauté, la compassion et la tendresse qui le caractérisaient eussent fait de lui un ami du Grand Nazaréen. Tel était Pythagore - un homme des temps anciens, mais encore un homme qui a survécu dans l’esprit libres penseurs modernes, presque autant qu’il vécut dans la pensée de ses propres élèves - parce que ses pensées philosophiques n’étaient que la Vérité Vivante qui ne peut mourir.

Mais Pythagore ne fut pas le premier avocat d’un régime exempt de sang, ni son premier propagateur. Poursuivons néanmoins, nos investigations plus avant, à partir de l’époque de ce célèbre professeur d’un système d’alimentation des plus purs - inter alia - plutôt qu’en arriére vers les temps éloignés.

Socrate, Platon, Plutarque, Ovide et Apollonius de Tyane continuérent la propagande contre le meurtre des animaux pour la nourriture de l’homme jusqu’au temps du Christ, tandis qu’après cette période, celle-ci trouva beaucoup d’avocats.

Sénèque la poursuivit jusqu’au 1er siècle, et, après cette époque, de nombreux Péres de l’Eglise s’abstinrent de se nourrir de chair, dénonçant avec force son emploi. Parmi les plus notables d’entre eux, nous trouvons Tertullien, de Carthage ; Clément d’Alexandrie ; Chrysostome, d’Antioche, et bien d’autres. Des philosophes, par douzaines, avant et après le Christ, condamnèrent cette pratique en termes véhéments, tandis que des écrivains raffinés, tels que Ménandre, Héraclite et Pindare en stigmatisèrent l’habitude comme conduisant à la grossièreté, et Porphyre mena la guerre contre les aliments carnés bien avant le IVe siècle.

Pour en venir à des temps plus rapprochés, un nombre sans cesse croissant de penseurs reconnut la nécessité d’une étude plus profonde de ce qu’est pour l’homme sa nourriture, et ils ne s’épargnèrent aucune peine dans la poursuite de leurs recherches et dans la démonstration des résultats obtenus à leurs contemporains. Ces travailleurs pour le bien commun sont de conditions différentes, et variées également s’attestent leurs façons de traiter un sujet qui présente plus d’aspects que n’a de facettes un diamant bien taillé. Des scientistes, des pathologistes, des physiologistes, des biologistes, des naturalistes, des philanthropes, des humanitaires, des économistes et d’autres encore, ne se réclamant d’aucune profession, prennent part â cette recherche. Il est donc hors de doute que, dans un avenir prochain, l’homme dans la rue saura au moins quelque chose d’un sujet qui, au regard de son être physique, se révèle d’une importance plus réelle que tout autre touchant sa vie sur cette planète.

En admettant alors que la « nourriture de l’homme » offre un sujet convenable aux investigations, il sera intéressant de rechercher la trace des causes du système alimentaire prévalant parmi certaines parties des peuples chrétiens, car il est digne de remarque que l’alimentation carnée n’est pas générale chez les races de la Chrétienté; on rencontre, en effet, des abstinents dans beaucoup de pays.

Prenons la Bible comme point de départ, et rendons-nous compte de ce que nous trouvons dans ses pages, soit approuvant, soit condamnant la mise à mort des animaux dans un but alimentaire. Et, tout en reconnaissant que, de nos jours, beaucoup font profession d’ignprer et de repousser ce Livre, il est bon, toutefois, de se souvenir que, le Christianisme est néanmoins basé sur lui.

Les points que nous devons étudier ici sont les suivants :
1) Au commencement, Dieu créa-t-il l’homme, et ne réglementa-t-il pas sa nourriture ?
2) Si Dieu indiqua à l’homme sa nourriture, pour quelle raison l’homme rejeta-t-il l’ordre de Dieu et usa-t-il d’aliments défendus ?

Le premier point peut être ainsi résolu : Dans la (Genèse, I-27 et 29), nous trouvons ceci :
Et Dieu créa l’homme à son image; il l’a créé à l’image de Dieu ; il les a créés mâle et femelle. Et Dieu a dit : « Voici que je vous donne toute herbe portant semence à la surface de la terre, et tout arbre qui porte un fruit ayant semence, pour servir à votre nourriture.

Nous voyons ici un ordre bien simple - un commandement si clair qu’il devrait s’imposer à tous. Le Créateur crée sa créature - l’Homme - sachant ce qui est nécessaire au maintien de sa vie corporelle, et ne lui laissant aucun doute quant à ce qu’il doit manger, - Les Fruits de la Terre sont indiqués et mis à part pour la nouvelle créature - l’Homme - et l’aliment, non seulement suffit, mais il appert du contexte qu’il a produit une race de géants qui atteignirent un grand âge. La Genèse V et VII traite de cette partie de la question.

Un examen attentif des cinq premiers chapitres de la Genèse, qui s’étend sur une période d’environ quinze siècles, montre ce fait significatif qu’aussi longtemps que l’homme marcha avec Dieu, ou, en d’autres termes, qu’il obéit à la Loi - à l’égard de l’alimentation dé son corps comme à tous les égards - la race se conserva belle. Mais, à partir du moment où il convoita les choses qui l’éloignèrent de Dieu, ou qui, en d’autres termes, l’incitèrent à contrevenir à la Loi-nourrissant son corps physique d’aliments défendus et, par suite, ne lui convenant pas, entre autres choses - les dissentiments se firent jour et les difficultés commencèrent, ainsi qu’en témoigne le Chapitre VI.

Ceci n’est qu’une allusion brève à une importante question, mais sert néanmoins à montrer que, en tant que race, le peuple israélite s’éloigna de la Grâce, ou que, en d’autres termes, par son rejet d’une nourriture naturelle en faveur d’une nourriture port naturelle, il contrevint à une Loi Naturelle. Celui qui contrevient aux Lois de la Nature en souffre tôt ou tard.

Il n’apparaît pas cependant de la lecture des écrits des autres peuples anciens qu’aucune des races orientales, mentionnées plus haut, ait souffert autant que les Israélites de maladies corporelles. D’autre part, nombreux sont les témoignages qui prouvent ce fait que la plupart des races orientales contemporaines des israélites trouvèrent principalement leur subsistance dans les aliments plus naturels et plus sains fournis par les fruits de la terre.

Mais, qu’il en soit ainsi ou non, l’objet de ce livre est d’indiquer en un langage clair et sans erreur possible que si, dans celui-ci comme dans tous les âges, l’Homme choisit délibérément de vivre principalement de chair animale, imbibée de sang et portant les germes de la maladie, il contrevient par là même, d’une façon flagrante, à l’une des plus grandes lois de la Nature. Celui qui, de son plein gré, contrevient à la Loi - qu’elle soit Morale, Spirituelle ou Naturelle - dans quelques-unes de ses manifestations, doit nécessairement souffrir la punition de son acte de désobéissance.

Ce livre montrera comment, par le massacre d’innombrables créatures de Dieu, créatures sensitives, les peuples chrétiens invoquent Némésis, et combien ils sont profondément marqués des indélébiles taches sanglantes de leurs victimes assassinées.
Source : Victor

vendredi 2 octobre 2009

Bidoche


Fabrice Nicolino, l’auteur de « Bidoche », écrit :

Pourquoi j’ai voulu ce livre

Je suis né pour ma part dans le sous-prolétariat urbain de la banlieue parisienne. Ce n’est pas un lieu rieur. Ce ne fut pas un temps calme. Il m’arriva plus d’une fois de rêver meilleur destin. Mais qui choisit ?

Il reste que, dans les meilleures années de cette époque engloutie à jamais, ma mère préparait le dimanche midi un roast-beef, un rosbif farci à l’ail qui déclenchait chez nous tous, les enfants de cette pauvre nichée, une émeute de papilles.

Un repas peut-il rendre heureux ? Oui. Un morceau de viande peut-il faire croire, le temps d’une tablée familiale, que tout va bien, que tout va mieux ? Oui. J’ai mangé beaucoup de viande. J’ai pris un grand plaisir à mastiquer, à partager avec les miens ce qui était davantage qu’un mets. Je suis mieux placé que d’autres pour comprendre que manger de la viande est un acte social majeur. Un comportement. Une manière de se situer par rapport au passé maudit de l’humanité, et de défier le sort promis par l’avenir.

Je crois savoir ce que manger veut dire. Mais je dois ajouter que, chemin faisant, j’ai changé d’avis et de goût. Modifier ses habitudes estl’une des vraies grandes libertés qui nous sont laissées. Je l’ai fait. Derrière la viande, peu à peu, les morceaux, hauts et bas, se sont reformés, comme dans les dessins animés de mon enfance, qui ignorent tout de la logique triviale de la vie ordinaire.

Derrière une côte de bœuf, j’ai fini par voir un bœuf. Derrière un gigot, un agneau. Derrière un jambon, un cochon. On peut parler d’un choc, immense et lent. L’histoire que je vais vous raconter n’est pas simple, et j’en suis le premier désolé. Elle peut d’autant plus
paraître compliquée qu’elle l’est en réalité. Mais ce n’était pas une raison pour faire un livre pesant. Celui-ci ne devrait pas l’être. On y verra beaucoup d’hommes en action, prenant en notre nom des décisions plus ou moins réfléchies. Avec des conséquences majeures que la plupart ignorent.

Cela explique les tours, détours, ruses et contorsions d’une affaire profonde, qui nous concerne tous. Ce livre sur la viande commande du temps, et de la réflexion. Peut-être est-ce une mauvaise idée de le signaler d’entrée, à l’heure d’Internet et du zapping tous azimuts. Mais c’est ainsi. Au moins ne serez-vous pas trompé sur la marchandise. Il
reste que cet ouvrage peut aussi se lire pour ce qu’il est : une formidable aventure aux conséquences inouïes. Où rien n’était inévitable. Où tout aurait dû être pesé. Ou tout aurait pu être contrebalancé. Une histoire pleine de bruit et de fureur, emplie jusqu’à déborder de qualités qui sont souvent de pénibles défauts.Laissez-vous porter par cette vague venue des temps les plus anciens, et posez-vous les bonnes questions, qui vous rendront fiers d’être des
humains dignes du mot.

Comment des animaux aussi sacrés que le taureau Hap de la plus haute Antiquité sont-ils devenus des morceaux, des choses, des marchandises ?

Pourquoi des techniciens inventent-ils chaque jour, en notre nom, de nouvelles méthodes pour « fabriquer » de la « matière » à partir d’êtres vivants et sensibles ?
Pourquoi leurs laboratoires sont-il aussi anonymes que secrets ?

Pourquoi l’industrie de la bidoche est-elle dotée d’une puissance qui cloue le bec de ses rares critiques ?

À la suite de quelle rupture mentale a-t-on accepté la barbarie de l’élevage industriel ?

Pour quelle raison folle laisse-t-on la consommation effrénée de ce produit plein d’antibiotiques et d’hormones menacer la santé humaine, détruire les forêts tropicales, aggraver dans des proportions étonnantes la si grave crise climatique en cours ?

Qui est responsable ? Et y a-t-il des coupables ?

La réponse n’a rien d’évident, mais elle existe, dans les deux cas. Ce livre vous convie à
une plongée dont vous ne sortirez pas indemne. À la condition de le lire pour de vrai, vous ferez ensuite partie d’une tribu en expansion, mais qui demeure on ne peut plus minoritaire. La tribu de ceux qui savent. Et peut-être même rejoindrez-vous celle qui ne veut plus. A-t-on le droit de se révolter ? On en a en tout cas le devoir.

Je mange encore de la viande. De moins en moins, et désormais si peu que j’entrevois le moment où je cesserai peut-être de le faire. Je ne suis pas un exemple. Je suis exactement comme vous. J’espère en tout cas que nous nous ressemblons assez pour que le dialogue commence. Mais avant cela, il fallait vous faire découvrir le tumulte des relations que nous
entretenons avec notre sainte bidoche. Si ce livre devait servir à quelque chose, il me plairait qu’il permette à ses lecteurs de se demander ce qu’ils mangent. Et pourquoi. Et comment.

Site de Fabrice Nicolino http://fabrice-nicolino.com/index.php

mardi 9 décembre 2008

Le prix d’un animal incompris


Une sensibilité de midinette à fleur de lard et une intelligence supérieure au chien caractérisent le cochon.

La viande de ce martyr de la voracité humaine coûte moins que les légumes. On peut imagine les tortures infligées à cet animal par la racaille productiviste pour rentabiliser les porcheries modernes… Comment sont engraissés les malheureux porcs ?

L’alerte aux porcs contaminés à la dioxine s'étend aux bovins
http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5jzX-SKG8zCgORaqa3kjOv9-n1Ibg

La nourriture donnée aux animaux peut contenir de la dioxine et des tas d’autres poisons.
http://www.notre-planete.info/forums/read.php?12,53550,53614

vendredi 30 novembre 2007

Le végétarisme de Pierre Gassendi




En 1684, paraît la seconde édition de " Abrégé de la philosophie de Gassendi en sept volumes " de François Bernier.

Le philosophe développe ses arguments en faveur du végétarisme (tome V, livre VII, chap. IX : " Des aliments naturels ").

L’homme n’est pas naturellement carnivore : six arguments pour ne plus manger de viande.

" Comme la nature a donc donné à l’homme des dents, non telles que sont celles des animaux carnassiers, mais de ceux qui vivent des simples dons de la terre, pourquoi ne reconnaître pas que c’est afin que nous nous abstenions de viande, et que nous nous servions d’herbes, et de fruits ?

Ceci se peut confirmer premièrement de ce que nous voyons que tous les enfants préfèrent les pommes aux perdrix, et que généralement ils aiment mieux les fruits que la chair ; comme si la nature se montrait encore en eux en quelque façon pure, sans altération, et comme elle est en soi, jusqu’à ce que le long usage de la chair l’ait dépravée en lui changeant son tempérament. Je dis en quelque façon, car si l’enfant était formé de semence, et nourri de lait de parents qui se fussent abstenus de chair, ou si du moins après avoir quitté le lait il n’avait point été nourri de viandes, ou de bouillons de viande, il aurait sans doute plus de passion pour les fruits.

2) De ce que les hommes n’ayant pas les armes, ou des instruments naturels pour déchirer, et couper les viandes, il leur en a fallu chercher d’artificiels, à savoir les couteaux dont les animaux qui vivent de chair n’ont pas besoin. Joint qu’ayant de l’aversion pour les viandes crues, il a fallu les cuire, et les apprêter diversement pour les rendre plus agréables, ce qui n’est pas nécessaire aux animaux carnassiers.

3) De ce que les histoires sacrées témoignent que les premiers hommes furent obligés par le commandement de Dieu de vivre, comme ils vécurent effectivement, non pas de chair, mais de fruits, et que l’usage des viandes ne fût toléré que longtemps après, et pour nous servir des termes ordinaires, à cause de l’endurcissement de leur cœur. L’on voit même chez les auteurs profanes que dans l’Age d’Or des premiers hommes l’on n’usait point d’autres fruits que ceux qui naissaient d’eux-mêmes de la terre.

4) De ce que non seulement les SS. Pères qui se sont retirés dans la solitude par le zèle de la religion, se sont abstenus de viandes, mais que les philosophes moraux qui ont embrassé cette abstinence, ont vécu fort longtemps, et fort sainement, comme font encore présentement plusieurs peuples des Indes orientales.

5) De ce que les fruits sont plus légers que la chair, ne chargent point tant l’estomac, se digèrent plus aisément, et se distribuent aussi plus aisément par les parties du corps. Car si la chair, comme on parle, se fait de chair, il ne faut pas s’imaginer que cela se fasse comme en appliquant du plâtre sur du plâtre.

6) De ce qu’il n’y a pas lieu de craindre que l’on ne tire assez de forces de ces sortes d’aliments, puisque les Indiens qui ne vivent d’autres choses sont aussi forts, et du moins aussi sains que nous, et que la force des taureaux, et la vitesse des cerfs, et des autres semblables qualités des animaux ne se tirent que de là.

Et l’on ne doit point objecter que nous recevons beaucoup de commodité des bouillons de viande ; car pour ne dire point les incommodités qui nous en viennent, et qu’une bonne partie de l’Asie les croit mortels aux fiévreux, comme ce devait être apparemment le sentiment d’Hippocrate, puisqu’il ne leur ordonne d’ordinaire que de la tisane d’orge plus ou moins épaisse, selon que les malades avaient plus ou moins besoin de nourriture ; pour ne parler point, dis-je, des incommodités qu’ils causent, si nous en recevons quelques utilités, ce n’est que parce que les parties de notre corps s’y sont habituées par le long usage.

L’on ne doit point aussi objecter les habitants du Brésil, les Hurons, et quelques autres peuples féroces de la sorte qu’on a trouvés vivant de chair ; puisque à cet égard la nature a aussi bien pu se dépraver dans eux que dans les autres, d’autant plus qu’ils ont retenu moins d’humanité, et que non seulement ils étaient devenus mangeurs de chair, mais encore anthropophages, ou mangeurs d’hommes. "

mercredi 13 juin 2007

Le FOYER VEGETALIEN de Léo Malet


" Brouillard au Pont de Tolbiac " est un remarquable album de Tardi inspiré d’un roman largement autobiographique de Léo Malet, le " père " du détective privé parisien Nestor Burma.
" Dès nos premiers contacts, Tardi m’apparut comme un être sensible et généreux, d’une grande courtoisie et d’une non moins grande modestie. Notre collaboration en fut facilitée. En ce qui concerne le Foyer Végétalien, pour lequel il me demanda des renseignements, il sut traduire mes souvenir avec une remarquable fidélité et, à quelques détails près, le Foyer Végétalien de Tardi est celui que j’ai connu en 1925-26. "
Léo Malet, le 19 Février 1982.

Durant les années 1920, il existait plusieurs foyers végétaliers à Paris. L’anarchiste Georges Butaud fonda un foyer végétalien dans la capitale en 1923. On pouvait y manger et y dormir pour des sommes modiques. On pouvait également y assister à des conférences.

Pour Georges Butaud, il ne servait donc à rien d'élever des vaches et des volailles. Il participa à des revues telles que Le Végétalien ou Le Néo-Végétalien. Il pensait que ce mode d'alimentation devait être propagé " pour le bien de l'humanité et de l'animalité ". Il était opposé à la chasse et faisait l'éloge des " camarades singes " qui vivent une vie saine et non falsifiée.


Les conséquences pratiques du végétalisme intégral sur l'évolution individuelle et sociale par G. BUTAUD

Que faut il à l'homme pour vivre ? Un peu de légumes, un peu de grains, même pas 100 grammes d'huile et c'est tout! I1 faut environ par adulte journellement 2 kilogrammes de racines, de verdure, c'est le produit annuel d'environ un mètre carré de culture dans un terrain ordinaire. Avons nous besoin de cette vie compliquée qui n'est que la lutte d'un contre tous, qui nous a amené cette horrible guerre qui coûta la vie de millions d'hommes et dont les funestes suites pèseront lourdement sur nous et nos arrière petits enfants ? C'est que la paix elle même n'est que l'apparence de la paix, la lutte est constante entre les hommes, car leurs appétits sont illimités. Tout homme craint le lendemain. De quoi demain sera t il fait ? Quel évènement va-t-il se produire ? L'ouvrier, le commerçant, le riche même sent l'angoisse le mordre. Qui est à l'abri ? Les plus puissants même de la terre souvent sont inquiets, craignent une catastrophe, suent d'angoisse à la pensée que peut être quelque évènement le jeu des circonstances va faire s'écrouler tout ce qui fait le charme de leur vie.
La société humaine est telle qu'il y a un agent à chaque coin de rue, chacun de nous serre précieusement son porte monnaie, nos portes ont des serrures et la bataille perdure, entre commerçants et acheteurs, ouvriers et patrons, elle prend actuellement une certaine acuité entre paysans et citadins et est une caractéristique de la vie chère.

D'autre part nous voyons les maladies organiques se développer. Rhumatisme, tuberculose et aussi la folie, le cancer. A quoi cela tient il ?
Est il quelque chose en dehors de nous mêmes, en dehors de l'humanité qui crée ce malaise économique, moral, physiologique, qui frappe l'humanité toute entière et chaque individu dans son être et dans sa descendance ?
C'est la rançon du progrès !
Les autos de soixante chevaux comme des bolides parcourent les routes, les aéroplanes sillonnent les nues, mais si par suite le pétrole est rare dans nos lampes, nous mangeons toujours plus de viande, de sucre, nous avons du vin, de la bière du café, etc. La table d'un paysan, d'un ouvrier est garnie comme ne l'était pas certes, celle d'un seigneur du moyen âge, mais celui ci, pour la servir, ne mettait pas à contribution les cinq parties du monde .
L'homme, ce roi de la création, cette intelligence, est il autre chose, qu'un animal ? Est ce parce qu'il a découvert quelques lois naturelles qu'il peut soumettre la nature ? Est ce la nature qui peut commander ou l'imagination humaine ?
L'homme n'est qu'un produit ce n'est pas parce que je sais que 2 et 2 font 4 que je ne suis pas le descendant de l'anthropopithèque, s'il y a cinquante siècles que mes ancêtres ont dérobé au ciel une étincelle, s'il y a quelques siècles que l'homme vit en partie d'aliments cuits, il y a des milliers de siècles antérieurs pendant lesquels l'homme vécut de fruits, de pousses vertes, de racines l'homme est le produit de l'alimentation crue.

Où sont les animaux qui font cuire leurs aliments ?
La complication de l'existence a fait de la terre un bagne, un mauvais lieu à l'atmosphère empestée et en un siècle une famille de parisiens s'éteindrait si le sang frais des provinciaux ne venait la vivifier à nouveau.

En résumé, domination de l'individu par ses appétits, ses besoins anormaux, ses fantaisies gustatives, son entraînement désordonné pour toute espèce de jouissance raffinée et immédiate, misère subséquente, dégénérescence, douleur individuelle, douleur universelle, voilà où nous avons abouti.

Voilà tantôt trente ans que je fréquente les réunions populaires, eh bien, nulle part je n'ai entendu la vérité. Nos tribuns, nos meneurs ne nous conduisent pas dans le bon chemin. Le bon chemin, ils ne le connaissent pas. Ils sont ignorants comme leurs auditeurs, ce qu'ils cherchent c'est à plaire. On n'est d'ailleurs meneur qu'à cette condition.

Et pourtant, voyant que l'humanité n'est pas heureuse nous devrions reconnaître que nous suivons une mauvaise route, qu'il ne faut pas continuer à s'enliser dans le bourbier qui ne produit ni bonté, ni grandeur. De cela l'orateur populaire ou mondain n'en a cure. Il continue la même voie, il faut donner au monde plus de cheval vapeur, capter plus d'énergie dans les forces naturelles. Il ne trouve pas autre chose.

Il faudrait au contraire porter la guerre dans les cerveaux, reconnaître qu'il n'est pas rationnel de partir du tout pour qualifier la partie, du groupe pour déterminer l'individu, de l'individu pour justifier l'atome, de l'organisation sociale pour faire le bonheur de l'homme.

L'erreur est à la base de la société. Aucun bien ne sortira d'aucune agitation tant que le grand mot d'organisation sera le point de départ de l'activité humaine dans la recherche des vérités qui constituent le véritable savoir. J'ai parcouru tout le cycle des théories sociales courantes, du radicalisme au communisme en passant par le socialisme et j'ai compris le néant du grand mot organisation. Avec ce mot on prétend transformer le monde sans que l'individu ait à changer.

Et comme cela on a des adeptes, on n'arrache pas un à un l'individu à la foule erronée, on emboîte le pas à la foule. C'est plus simple.
Il n'y a pas de parti qui sauvera l'humanité, pas d'organisation. I1 y a une somme de vérités qui est le patrimoine commun à tous les hommes. Voilà ce qu'il faut dire. I1 faut dire au chercheur avant de coopérer, de communier sois un bon élément de coopération, de communion. Si nous n'avons pas abouti à une vie individuelle plus belle, à une société plus heureuse, si nous vivons dans un monde féroce aux faibles, aux pauvres, c'est que nos parents nous ont mal guidés, c'est que nos connaissances individuelles sont en défaut.

Le grand Descartes nous apprend qu'il faut refaire l'étude de tous nos gestes. Faisons appel à la méthode cartésienne. Refaisons donc notre éducation. Et l'éducation commence du jour où nous ouvrons les yeux. Mieux l'ontogenèse nous démontre que nous portons le poids des fautes commises, que nous profitons des vertueuses conséquences de nos lointains aïeux.

Soyons scientifiques, appliquons à nous mêmes les méthodes rationnelles d'étude que nous appliquons dans tous les domaines. L'individu n'est qu'un maillon dans la grande chaîne de l'espèce. Étudions donc les besoins de l'individu.

La véritable doctrine humaine est celle qui s'appuie non sur les rêves fuligineux de fraternité, d'amour, rêve sur lequel ont bâti toutes les philosophies, les religions qui nous ont mené où nous sommes l'histoire ne se révèle à nous que comme une longue suite de combats épouvantables de peuples, de races, de groupe à groupe,de tribu à tribu. La véritable doctrine qui réconciliera tous les hommes est celle qui aura sa base appuyée sur le granit des réalités, des choses concrètes, qui prendra la nature telle qu'elle est, qui n'en fera ni une bonne chose,ni une chose mauvaise, n'ayant pas pour nous à modifier ses lois selon nos desiderata.

C'est donc dès que l'homme naît qu'il faut étudier ses véritables besoins. Et alors, nous reconnaissons que le végétalisme s'impose, que l'enfant, comme tout petit de mammifère, ne tête plus lorsqu'il a des dents assez fortes, que conséquemment l'enfant n'a nul besoin d'autre nourrice que sa mère, que sa dentition, l'état de son estomac, les dimensions de son intestin placent l'homme parmi les fruitariens.

Ces vérités qu'on semble seulement découvrir, à nouveau, cependant révélées depuis tant de siècles par les plus grands philosophes, ne sont pas cependant le produit de découvertes géniales, le simple bon sens nous les fait admettre, mais voilà, les petites questions de détail, de goût, d'habitude, d'entraînement nous cachent, dissimulent les grandes lois générales, nous n'avons pas une grande ligne de conduite, nous sautons pour ainsi dire d'un pavé sur l'autre, nous vainquons les difficultés journalières, nous franchissons les obstacles qui naissent dans notre marche, nous marchons ...nous marchons ...nous vivons.
Le végétalisme n'est donc qu'une partie de la doctrine unique qui guidera vraiment l'homme.

Le primitif, l'ancêtre vivait comme nous voyons vivre l'animal dans nos plaines, nos bois, dans l'air, sous les eaux ; l'ancêtre vivait libre.
Lequel de nous, riche, pauvre ne s'est pas quelquefois arraché à la tâche coutumière et levant la tête ne s'est pas écrié : " Que les bêtes sauvages sont heureuses !". Qui n'a pas envié le sort de l'oiseau franchissant isolé ou en troupe l'immensité, qui ne s'est pas surpris à jouir du spectacle des lapins de garenne jouant dans la clairière !

Où est cette liberté, cette vie naturelle, normale que nous envions comme le lot de tout être ? Non seulement nous sommes les galériens d'une société qui a détruit toute liberté en nous dotant de besoins raffinés et de devoirs écrasants, mais encore, cette vie noble de l'animal nous l'avons transformée en une vie pire que la nôtre quand nous avons pu le réduire en captivité.

" La terre est couverte de ténèbres et remplie de repaires de violence " nous enseigne l'Écriture et nous savons que le veau qui vient au monde n'a droit qu'à soixante centimètres de corde. Sitôt né, sitôt attaché. Rivé au mur pendant des mois, des années, voilà la vie naturelle que nous faisons à un pauvre être innocent !

Partout où il y a une chaumière, une ferme s'élève un lien de tourment ! les bêtes sont enchaînées nuit et jour, les boeufs, les chevaux s'exténuent sous le joug, dans les brancards le jour, la nuit on les rive au mur !

Ah elle est belle la paix des campagnes. Les poètes peuvent la chanter!
Allons donc, ouvrons les yeux, arrière le mensonge! L'homme est le fléau de la terre, partout où il pose le pied il enchaîne, il emprisonne, il exploite.
Le végétalien ne reconnaît pas à l'homme le droit de dominer, d'abuser de sa force sur des êtres sensibles au même titre que lui, s'il est obligé de se débarrasser d'un parasite, d'un ennemi, il le fait le plus vivement possible en abrégeant autant que faire se peut la souffrance.

Il sait qu'à la base de la vie il y a la lutte et la loi du moindre effort, il ne part pas d'une idée préconçue, il observe que l'individu ne poursuit que son propre bonheur, qu'il est inconscient du malheur d'autrui, que pour survivre il faut vaincre, mais il sait que la brute, déjà chez les animaux supérieurs, a quelquefois un instinct qui le pousse à des actes d'entraide, de solidarité, il sait que lui, être intelligent, compréhensif, clairvoyant peut et veut être un agent de bien sur la terre, il s'élève au dessus de la brute parce qu'il veut être un dieu bon et non un dieu farouche, sanglant, dominateur et cruel il comprend la solidarité qui le relie aux autres êtres parce qu'il comprend leurs souffrances. Il ne tient pas à conquérir, n'oubliant pas que l'on est presque toujours possédé par sa conquête la liberté réside peut être dans le moindre besoin de possession. Il ne se ravale pas à dominer, non parce qu'il se donne un but sur terre autre que celui de vivre heureux, mais parce qu'il sait que cette espérance d'un peu de bonheur ne peut être le fait du malheur, de l'asservissement de l'animalité.
A l'élevage des animaux le végétalien préfère celui des enfants. Le système antique de vivre des bêtes, parmi les bêtes est une collaboration dont aucune partie n'a tiré de bienfaits. L'humanité ne se développe pas, concurrencée qu'elle est par l'animalité. Ce n'est pas seulement en Irlande que le mouton ce sot animal a flanqué l'Irlandais à la mer. Partout où vit l'animal domestique, la terre devient rare. I1 faut à un cheval, à une vache un hectare de terre pour vivre. Sur un hectare 3 hommes y vivraient, mais on donne à l'animal du grain, des produits de toute sorte et des kilos qu'il consomme il nous rend des grammes.

A Bascon, petite société communiste où nous sommes tous végétaliens, une dizaine en hiver et une vingtaine en été, nous nous trouvons très bien du régime et du système de vie sans animaux domestiques.

Les faibles de volonté pour justifier leur conduite c'est à dire la masse des hommes donnent à l'action du milieu social une action qu'elle n'a pas. Moi, individualiste, je sais fort bien par la comparaison de ma vie antérieure et de ma vie présente que l'éducation individuelle crée le bonheur et que l'addition des individus libres et conscients crée le milieu adéquat.
Les multiples exemples de vie collective de toutes sortes d'insectes et d'animaux nous démontrent bien que telle est l'organisation intime du sociétaire, telle est l'organisation de la collectivité. La ruche est bien le produit de la collaboration des abeilles, elles ont un caractère, des attributs spéciaux, particuliers dont bénéficie la collectivité, chacune joue le rôle que son organisme lui a dévolu. La vie collective n'est même que le produit des caractères, des attributs, des fonctions individuelles conjuguées.

Si les voisins du groupe communiste ne vivent pas en communisme, c'est parce qu'ils ne le veulent pas. Même base de la vie paysanne en France, en Italie, en Russie, etc., en Amérique, partout enfin dans les pays civilisés, c' est que les paysans individuellement le veulent, rien ne peut les empêcher d'unir leurs efforts, de supprimer les bornes, de cultiver en commun, c'est faux de dire que la propriété individuelle est imposée par le milieu.

L'individu crée son milieu, les transformations individuelles font les transformations du milieu, il ne faut pas que l'on continue à envisager le végétalisme comme un système thérapeutique, le végétalisme est une partie de la doctrine de libre examen qui transformera le monde.

Le guide de l'homme est un ensemble de petites vérités; chaque jour nous combattons pour rejeter une part d'erreur; la science, l'expérience sont pour tous le moyen d'investigation sérieuse, c'est guidés par leur conjugaison que nous pouvons seulement espérer vivre moins mal que nos ancêtres.
Quant à moi, je cherche à réparer le mal que j'ai fait dans le cours de ma vie antérieure. Certainement j'ai commis les mêmes erreurs, les mêmes fautes que mon père, que mes aïeux, que mes fils commettront, les jeunes suivent le même chemin, le même processus que leur aînés, quoi qu'on dise et quoi qu'on fasse les mêmes sottises seront faites, à une variante près, mais c'est cette variante qui est formidable, rien n'est révolutionnaire comme elle, sans elle rien ne se transforme.

Mais déjà du jour où un homme d'omnivore devient végétalien, de ce jour la souffrance est abolie des animaux qui devaient naître, pour être condamnés au martyre de l'esclavage toute leur vie, ne naîtront pas. Que peut faire un misérable homme de plus beau, de plus noble, de plus grand que de vivre sans faire souffrir. Savoir que l'on vit sans être cause de souffrance, c'est avoir fait un pas conséquent dans le domaine de la connaissance.

Vivre du produit de sa bêche, seul au fond d'une retraite, ignoré sans doute, c'est s'élever aussi haut que l'homme puisse s'élever, ne lui demandons rien de plus, si au surplus il aide encore quelque autre à l'imiter, alors il est plus grand que les plus grands, il est le sel de la terre, les peuples omnivores en restant le fléau.

Avant de terminer cette causerie je veux vous faire saisir les conséquences immédiates du végétalisme dans les relations d'un homme.
Je connais beaucoup de coopérateurs de Château Thierry, ville près de laquelle j'habite. Je suis d'esprit foncièrement coopérateur et prône la coopération. Un jour un camarade m'interpelle. Pourquoi ne fais tu pas partie de la coopérative de consommation ? Mon vieux, pourquoi ferais je partie de la coopérative puisque je n'ai rien à lui acheter, j'achète mon huile, mon savon en gros et n'achète nulle part à peu près rien d'autre. Je ne consomme ni vin, ni café, ni liqueurs, ni sucre, pas d'épicerie, pas de conserve, pas de viande. Tu vois que si les gens faisaient comme moi non seulement la coopérative n'aurait pas lieu d'être, mais les commerçants, qui comme des araignées derrière leur toile, guettent le client, feraient maigre chère. Si les gens devenaient végétaliens, que de boutiques fermées, de l'épicier au boucher! La mort du commerce gros et de détail. Quel chambardement, quelle calamité !

Rien ne prévaudra contre ceci .
L'individualisme éclairé pratiquant le végétalisme transforme le milieu en se transformant lui même.

Nous savons bien qu'il n'est pas de sauveur suprême, que produits d'une nature implacable, membres d'une société autoritaire les hommes ne sont pas forcément bons, ils ne sont que ce que les a fait l'évolution, nous savons bien que nos tares ne disparaîtront pas de sitôt, nous pensons seulement qu'elles s'atténueront par la pratique d'une vie plus rationnelle. Si nous faisons de la propagande pour un système qui permet à l'homme de vivre sur une plus petite étendue de terre, c'est que cette doctrine diminue les causes de la dite lutte, facilite l'harmonie.

Les hommes voudraient bien que les sentiments généreux qui sont au fond de chacun d'eux puissent s'épanouir en actes bienveillants, mais l'exigence des besoins matériels impérieux réduit l'action généreuse à bien peu de chose et la bestialité suit son cours : tous les peuples, toutes les classes sont en proie aux mêmes appétits, dans tous les temps causent les mêmes douleurs.
En évitant les causes de compétition seul le végétalien est agent de moindre mal, c'est tout ce qu'il peut faire et c'est énorme.

Source : LE NEO NATURIEN, n°8 , novembre 1922.

dimanche 20 mai 2007

LE TEMPLE DES RATS




Le rat monture du dieu Ganesha, le dieu du Savoir à tête d’éléphant, est vénéré dans le temple de Karni Mata à Deshnoke, près de Bikaner au Rajasthan.
D'après la légende, Karni Mata, une incarnation de Durga qui vécut au XIV ème siècle, demanda à Yarma, le dieu de la mort, de rendre la vie au fils d'un conteur. Devant le refus de Yama, Karni Mata réincarna tous les conteurs défunts en rats, privant ainsi Yama d'âmes humaines.

Les dévots les plus convaincus mangent certains mets réservés aux rats sans craindre les maladies. Les fèces des muridés, qui se mélangent aux aliments, ne rebutent pas ces âmes pieuses. Certaines personnes affirment que durant l’épidémie de peste bubonique de 1927 le temple de Karni Mata fut miraculeusement épargné.

SHREE KARNI MATA TEMPLE www.karnimata.com