"Les espèces d'élevage sont sous-estimées sur le plan cognitif" : une vache est capable d'utiliser un outil avec dextérité, selon une étude
Deux chercheurs autrichiens ont révélé la capacité de Veronika, une vache de 13 ans, à manier un balai-brosse pour se gratter. Une étude qui invite à réévaluer les capacités cognitives des animaux d'élevage.
Pas bête, la bête ! Deux chercheurs de l'université de médecine vétérinaire de Vienne ont démontré qu'une vache pouvait utiliser un outil de manière polyvalente, une capacité cognitive jusque-là jamais rapportée en dehors des humains et des primates. L'animal qui a réalisé cette prouesse s'appelle Veronika, une vache de 13 ans, de race braunvieh suisse, vivant dans les Alpes autrichiennes.
Celle-ci est capable de saisir un balai-brosse avec sa langue pour se gratter, en choisissant l'extrémité la plus adaptée selon ses besoins, expliquent Alice Auersperg, biologiste de la cognition, et Antonio Osuna Mascaro, post-doctorant, dans une étude publiée lundi 19 janvier dans la revue Current Biology.
"Le comportement de Veronika est allé au-delà des prédictions, révélant une grande polyvalence, de l'anticipation et un ciblage moteur fin", rapportent les chercheurs dans leur étude. "De manière inattendue et particulièrement révélatrice, l'extrémité de l'outil utilisée dépendait fortement de la région corporelle : elle utilisait majoritairement l'extrémité à poils pour se gratter le haut du corps et l'extrémité en bâton pour les zones inférieures", complètent-ils.
Lors des dizaines de tests réalisés par les chercheurs, Veronika variait ainsi les techniques avec le balai. La vache utilisait l'extrémité à poils avec un mouvement de frottement et de traction vers l'avant. En revanche, lorsqu'elle ciblait des zones délicates telles que le pis ou la région anale, elle utilisait l'extrémité du bâton pour exercer de légères poussées vers l'avant, visant précisément la zone concernée. Tout cela en gardant "une prise cohérente et efficace" avec sa bouche.
Un comportement bridé par l'élevage
Des gestes qui pourraient paraître anodins mais qui sont en réalité révélateurs des capacités cognitives des vaches. "Ce schéma comportemental, associé à des ajustements anticipés de la prise et à une diversité de techniques, témoigne d'un usage flexible et dépendant du contexte de l'outil", expliquent les chercheurs. Or, "un comportement comparable n'a été documenté de manière systématique que chez les chimpanzés", révèlent-ils. Seules quelques observations sur d'autres animaux ont déjà été réalisées, comme en 2024 avec Mary, une éléphante d'Asie qui manie parfaitement le tuyau d'arrosage, relate Sciences et Vie.
Mais alors, toutes les vaches sont-elles capables d'une telle dextérité ? Oui, mais dans certaines conditions. Alors que les bovins constituent l'une des plus grandes populations animales domestiques au monde, ce type d'action n'avait jamais été observé car "les possibilités d'exprimer des comportements orientés vers l'utilisation d'outils sont probablement limitées par (...) de nombreux systèmes d'élevage, qui offrent rarement des objets permettant de telles actions", notent les chercheurs.
"En science comme dans la culture populaire, les espèces d’élevage sont souvent sous-estimées sur le plan cognitif."
Alice Auersperg et Antonio Osuna Mascaro, chercheurs dans la revue "Current Biology"
Veronika, elle, profite de conditions exceptionnellement riches pour une vache. Elle ne donne pas son lait et vit en liberté. Un environnement qui semble lui avoir permis de développer toutes ses capacités. Un pied de nez aux croyances populaires et au manque de recherches dans ce domaine. "Peut-être que l'absurdité ne réside pas dans l'idée d'imaginer une vache utilisant un outil, mais dans le fait de supposer qu'une telle chose ne puisse jamais exister", concluent les chercheurs.